Locations saisonnières au Maroc : un cadre réglementaire enfin clarifié
Louer un appartement, un riad ou une villa en courte durée — sur Airbnb, Booking.com ou en direct — est devenu l'un des réflexes d'investissement immobilier les plus rentables au Maroc. Face à la multiplication des annonces, le législateur a structuré le secteur : depuis la mise en application complète de la loi n° 80-14, l'activité est soumise à une autorisation préalable, à des obligations de sécurité et de déclaration, et à une fiscalité spécifique.
En 2026, le cadre est clair mais contraignant : décret d'application publié en août 2023, révision de la fiscalité des revenus locatifs, et nouvelle retenue à la source de 5 % (LF 2026). Voici le point complet pour les propriétaires et investisseurs.
La loi 80-14 : le socle juridique des locations saisonnières
Un texte qui s'applique à tous les hébergements touristiques
La loi n° 80-14 régit les établissements touristiques et les autres formes d'hébergement touristique au Maroc. Adoptée en 2015, elle n'est devenue pleinement opérationnelle qu'avec son décret d'application (n° 2.23.441) en août 2023, qui a remplacé la réglementation de 1991.
Elle concerne tous les hébergements proposés à titre onéreux : appartements meublés en location saisonnière, riads et maisons d'hôtes, villas et résidences touristiques, chambres d'hôtes chez l'habitant — qu'ils soient réservés via une plateforme (Airbnb, Booking, direct) ou non. Seules les locations à usage résidentiel exclusif (bail longue durée) échappent à son champ.
| Type d'hébergement | Soumis à la loi 80-14 |
|---|---|
| Appartement meublé en location courte durée | ✅ Oui |
| Riad ou maison d'hôtes | ✅ Oui |
| Villa ou résidence touristique | ✅ Oui |
| Chambre d'hôtes chez l'habitant | ✅ Oui |
| Location résidentielle classique (bail long terme) | ❌ Non |
L'autorisation d'exploitation : la condition n° 1
Où et comment l'obtenir
Toute personne souhaitant louer un logement meublé à des voyageurs doit obtenir une autorisation d'exploitation préalable, délivrée par l'autorité locale compétente — le Wali ou le gouverneur — avec dépôt du dossier auprès du Centre Régional d'Investissement (CRI) et une visite de contrôle sur place.
Le dossier type comprend : formulaire de demande signé, copie de la CIN ou du passeport, titre de propriété ou contrat de bail, photos du logement, attestation d'assurance responsabilité civile, attestation de conformité sécurité (extincteurs, détecteurs de fumée) et, pour les bâtisses classées, rapport d'architecte.
Comptez un délai indicatif de 30 à 60 jours après dépôt d'un dossier complet, pour un coût de 500 à 2 000 MAD selon la commune.
Les sanctions en cas d'exploitation sans autorisation
Exploiter un hébergement touristique sans autorisation expose à des amendes de 10 000 à 50 000 MAD, et en cas de récidive à la fermeture administrative. Les contrôles se sont intensifiés, particulièrement dans les zones touristiques denses — Marrakech, Essaouira, Agadir — où les autorités traquent les hébergements non déclarés.
Les obligations de l'exploitant au quotidien
Déclaration des voyageurs à la DGSN
Chaque client doit être déclaré à la Direction Générale de la Sûreté Nationale, en ligne via la plateforme STDN (www.stdn.ma) avant 8 h le lendemain de l'arrivée, ou par dépôt des fiches au commissariat. La déclaration comprend : nom complet, numéro de passeport ou pièce d'identité, nationalité, dates, adresse du logement.
Point crucial : la déclaration incombe à l'hôte, jamais à la plateforme — Airbnb et Booking ne déclarent pas à votre place. Un défaut expose à une amende de 10 000 à 50 000 MAD par déclaration manquée, avec risque de fermeture administrative.
La taxe de séjour : une collecte obligatoire
La taxe de séjour est due par le client, mais c'est l'exploitant qui la collecte et la reverse à la trésorerie de la commune. Le montant varie selon la ville et la catégorie :
| Ville | Type d'hébergement | Tarif indicatif / nuitée |
|---|---|---|
| Marrakech | Riad 3-5 étoiles | 10–15 MAD |
| Marrakech | Appartement / villa | 5–8 MAD |
| Essaouira | Standard | 5–7 MAD |
| Casablanca | Riad / appartement | 10 MAD |
| Fès | Médina | 8–10 MAD |
Conseil pratique : inclure la taxe dans le prix affiché et tenir un registre des nuitées, preuve de conformité en cas de contrôle.
Sécurité et assurance
Au-delà de la licence, le logement doit respecter les normes d'hygiène, de sécurité et de confort : équipements de sécurité (extincteurs, détecteurs), assurance responsabilité civile. La dynamique de normalisation s'accélère : la réforme du classement hôtelier (2 500 établissements) pousse l'offre d'hébergement vers le haut.
Fiscalité des meublés touristiques en 2026 : ce qu'il faut déclarer
Des revenus imposables, quel que soit le canal
Les sommes perçues via une location courte durée sont des revenus imposables, à déclarer auprès de la Direction Générale des Impôts (DGI). La qualification dépend de l'ampleur de l'activité :
- Location occasionnelle de sa résidence personnelle (quelques semaines par an, sans organisation professionnelle) → revenus fonciers ;
- Location régulière et organisée (plusieurs biens, prestations hôtelières, conciergerie) → bénéfices professionnels.
Le régime forfaitaire des particuliers
Pour un particulier en location meublée non professionnelle, un abattement forfaitaire de 40 % s'applique aux loyers bruts : seuls 60 % des revenus sont imposés au barème progressif de l'impôt sur le revenu (IR).
La Loi de Finances 2025 a révisé la retenue à la source sur les revenus locatifs :
| Revenu locatif brut annuel | Retenue à la source |
|---|---|
| ≤ 40 000 DH | 0 % |
| Entre 40 000 et 120 000 DH | 10 % |
| ≥ 120 000 DH | 15 % |
Au-dessus de 120 000 DH de revenus annuels, une option pour un taux libératoire de 20 % dispense de la déclaration annuelle du revenu global. La déclaration annuelle de l'IR doit être déposée avant le 1er mars de l'année suivante.
Régime réel et personnes morales
Si l'activité est qualifiée de professionnelle ou portée par une société, le régime réel s'applique : les charges (entretien, ménage, conciergerie, énergie, amortissements) sont déductibles avant imposition. Pour les personnes morales, c'est l'impôt sur les sociétés (IS) qui s'applique sur le bénéfice net, avec une comptabilité rigoureuse exigée.
TVA : 10 % ou 20 % ?
Les hébergements touristiques (hôtels, maisons d'hôtes, locations saisonnières organisées) relèvent du taux réduit de TVA de 10 %, contre 20 % pour la location meublée classique. L'assujettissement dépend de la qualification de l'activité : un expert-comptable est indispensable pour trancher.
La retenue à la source de 5 % (LF 2026)
La Loi de Finances 2026 a introduit une retenue à la source de 5 % sur certains loyers, applicable depuis le 1er juillet 2026. Point essentiel pour les hôtes Airbnb : le critère décisif est le statut du payeur, pas la durée du séjour.
- Un touriste particulier qui paie directement son séjour : la retenue ne s'applique pas — c'est le cas de la grande majorité des locations saisonnières.
- Un locataire professionnel (société louant le bien pour son activité) : la retenue peut s'appliquer.
Notre dossier dédié à la retenue à la source de 5 % sur les loyers détaille les cas pratiques. Pour l'investisseur en meublé touristique, l'impact direct est donc limité.
Tableau récapitulatif : les obligations avant de lancer votre location
| Obligation | Qui est responsable | Risque en cas de manquement |
|---|---|---|
| Autorisation d'exploitation (Wilaya / CRI) | Propriétaire | Amende 10 000–50 000 MAD, fermeture administrative |
| Déclaration DGSN (STDN) de chaque client | L'hôte (pas la plateforme) | Amende 10 000–50 000 MAD par déclaration manquée |
| Taxe de séjour | L'hôte → commune | Reversement + pénalités |
| Déclaration IR / IS | Propriétaire | Pénalités de non-déclaration |
| TVA 10 % (si assujetti) | Professionnel / société | Pénalités de retard |
| Retenue 5 % (paiement par personne morale) | Locataire professionnel | Retenue exigible |
2026 : une régulation qui se durcit dans les villes touristiques
La pression réglementaire s'accroît, particulièrement à Marrakech, où les autorités resserrent les règles pour préserver le parc résidentiel du centre face à l'explosion des locations courte durée. À Essaouira et Agadir, les contrôles des hébergements non classés se multiplient. La leçon : la location saisonnière reste rentable — les rendements locatifs à Marrakech le démontrent — mais elle se professionnalise vite.
Le cadre juridique est désormais stable et connu. Un propriétaire qui obtient son autorisation, déclare ses voyageurs, collecte la taxe de séjour et déclare ses revenus ne court aucun risque — et bénéficie de la dynamique touristique du pays, avec 9,4 millions de visiteurs à mi-2026. Pour ceux qui financent leur acquisition à crédit, le contexte reste favorable avec des taux autour de 4,1 à 5,2 %.
FAQ
Faut-il une autorisation pour louer un appartement meublé sur Airbnb au Maroc ?
Oui. Depuis l'entrée en vigueur complète de la loi 80-14, toute location d'un logement meublé à des fins touristiques exige une autorisation d'exploitation préalable, délivrée par l'autorité locale via le CRI, avec visite de contrôle sur place. Comptez 30 à 60 jours après dépôt d'un dossier complet.
Quelles sont les amendes en cas de location sans autorisation ?
L'exploitation sans autorisation expose à des amendes de 10 000 à 50 000 MAD et, en cas de récidive, à la fermeture administrative. Le défaut de déclaration des voyageurs à la DGSN entraîne une amende de 10 000 à 50 000 MAD par déclaration manquée. Les contrôles se sont intensifiés à Marrakech, Essaouira et Agadir.
Comment sont imposés les revenus d'une location saisonnière ?
Les revenus sont imposables à l'IR (particulier) ou à l'IS (société). En régime forfaitaire, un abattement de 40 % s'applique : 60 % des loyers bruts sont imposés au barème progressif. La retenue à la source est de 0 % jusqu'à 40 000 DH/an, 10 % de 40 000 à 120 000 DH, 15 % au-delà, avec option libératoire de 20 % au-dessus de 120 000 DH. En régime réel, les charges sont déductibles.
La retenue à la source de 5 % (LF 2026) s'applique-t-elle aux locations Airbnb ?
Non dans le cas le plus courant. Elle vise les loyers versés par des personnes morales ou des locataires professionnels à partir du 1er juillet 2026. Le critère est le statut du payeur : un touriste particulier qui paie son séjour ne déclenche pas la retenue ; si une société loue le bien, vérifiez le mécanisme.
Je loue ma résidence quelques semaines par an : suis-je concerné ?
Oui, avec un cadre plus léger. La location occasionnelle reste une activité taxable : les revenus sont à déclarer, avec abattement 40 % en régime forfaitaire. L'autorisation d'exploitation et la déclaration des clients restent exigibles dès lors que l'hébergement est proposé à titre onéreux à des voyageurs.
Quelle TVA pour un meublé touristique ?
Les hébergements touristiques bénéficient du taux réduit de TVA de 10 %, contre 20 % pour la location meublée classique. L'assujettissement dépend de la qualification de l'activité : faites valider votre situation par un expert-comptable avant de fixer vos tarifs.
© Trimyo — Original Morocco tourism intelligence. This article was researched and written by the Trimyo editorial team. If you find this content useful, please link to the original article rather than copying it.
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Sources & Verification
- KribOS — Loi 80-14 au Maroc : guide complet pour les hébergeurs touristiques (licence d’exploitation, déclaration DGSN/STDN, taxe de séjour, amendes 10 000–50 000 MAD)(medium trust)
- ReaConsult — Short-Term (Airbnb) Rental Taxation in Morocco : qualification des revenus, taxe touristique municipale, retenue 5 % LF 2026 au 1er juillet 2026 (critère : statut du payeur)(high trust)
- Immobilio — Fiscalité Airbnb au Maroc : IR, IS, TVA 10 % hébergement touristique vs 20 % location meublée, taxe de séjour(medium trust)
- Staylabs — Location saisonnière Maroc : loi 80-14 et amende de 50 000 DH pour Airbnb sans autorisation (source du signal SSE-10-b36b84c6)(medium trust)
- First One Immobilier — IR locatif au Maroc 2025 : barème RAS 0/10/15 % (seuils 40 000 et 120 000 DH), option libératoire 20 % (recoupement indépendant)(medium trust)
Frequently Asked Questions
Faut-il une autorisation pour louer un appartement meublé sur Airbnb au Maroc ?
Oui. Depuis l'entrée en vigueur complète de la loi 80-14 (décret d'application n° 2.23.441 publié en août 2023), toute location d'un logement meublé à des fins touristiques exige une autorisation d'exploitation préalable, délivrée par l'autorité locale (Wali ou gouverneur) via le Centre Régional d'Investissement. Le dossier comprend formulaire, pièce d'identité, titre de propriété ou bail, photos du logement, assurance responsabilité civile et attestation de conformité sécurité. Comptez 30 à 60 jours après dépôt d'un dossier complet.
Quelles sont les amendes en cas de location saisonnière sans autorisation ?
Exploiter un hébergement touristique sans autorisation expose à une amende de 10 000 à 50 000 MAD, et en cas de récidive à la fermeture administrative de l'établissement. Le défaut de déclaration des voyageurs auprès de la DGSN expose en outre à une amende de 10 000 à 50 000 MAD par déclaration manquée. Les contrôles se sont intensifiés à Marrakech, Essaouira et Agadir.
Comment sont imposés les revenus d'une location saisonnière au Maroc ?
Les loyers perçus sont des revenus imposables à déclarer à la DGI. Pour un particulier, la location meublée non professionnelle bénéficie d'un abattement forfaitaire de 40 % : seuls 60 % des loyers bruts sont imposés au barème progressif de l'IR. La retenue à la source (LF 2025) est de 0 % jusqu'à 40 000 DH/an, 10 % entre 40 000 et 120 000 DH, 15 % au-delà, avec option pour un taux libératoire de 20 % au-dessus de 120 000 DH. Les sociétés relèvent de l'IS sur le bénéfice net.
La retenue à la source de 5 % (LF 2026) s’applique-t-elle aux locations Airbnb ?
Non dans le cas le plus courant. La retenue à la source de 5 % sur les loyers, introduite par la Loi de Finances 2026 et applicable depuis le 1er juillet 2026, vise les loyers versés par des personnes morales ou des locataires professionnels. Le critère décisif est la nature du payeur : un touriste particulier qui paie directement son séjour n'est pas concerné. Si une société loue le bien pour son activité, la retenue peut s'appliquer.
Je loue ma résidence quelques semaines par an : suis-je concerné ?
Oui, mais avec un cadre plus léger. La location occasionnelle de sa résidence principale reste une activité imposable : les revenus doivent être déclarés, avec abattement de 40 % en régime forfaitaire. L'autorisation d'exploitation et les déclarations DGSN restent exigées dès lors que l'hébergement est proposé à titre onéreux à des touristes, même quelques semaines par an. Vérifiez aussi la taxe de séjour applicable dans votre commune.
Quelle TVA s’applique à un meublé touristique ?
Les hébergements touristiques (hôtels, maisons d'hôtes, locations saisonnières organisées) relèvent du taux réduit de TVA de 10 %, contre 20 % pour la location meublée classique non touristique. L'assujettissement dépend de la qualification de l'activité et du régime (particulier ou société). Il est recommandé de faire valider sa situation par un expert-comptable avant de se lancer.
Continue Planning
- la retenue à la source de 5 % sur les loyers (LF 2026)
- la réforme du classement hôtelier (2 500 établissements)
- le rendement locatif à Marrakech en 2026
- guide de l'investissement touristique au Maroc
- le tourisme marocain à mi-2026 (9,4 millions de visiteurs)
- guide des hôtels et riads au Maroc
- le crédit immobilier 2026 (taux autour de 4,1–5,2 %)
- l’investissement immobilier des MRE
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